Bienvenue dans « Les sosies de l'atelier », notre nouvelle série consacrée aux pièces qui se ressemblent et qu'il ne faut surtout pas confondre. L'idée est née de notre article « VGA ou DB9 ? », et le premier épisode s'attaque au sosie le plus courant de tous : le chargeur d'ordinateur portable.
Aux permanences, la scène revient chaque semaine. Quelqu'un pose sur la table un portable et un sac de chargeurs : « L'un d'eux devait aller dessus, mais je ne sais plus lequel. » Les fiches se ressemblent toutes, certaines rentrent dans la prise, d'autres presque. Et un chargeur qui rentre n'est pas forcément le bon.
En résumé
Un chargeur convient à un portable si quatre choses correspondent : la fiche (diamètre extérieur et intérieur), la tension (en volts, la même que celle du chargeur d'origine), la polarité (presque toujours le + au centre) et la puissance (en watts, égale ou supérieure). Un chargeur plus puissant ne présente aucun risque ; un chargeur d'une autre tension, si. Chez Dell et HP, la fiche porte en plus un picot central d'identification : s'il est abîmé, le portable affiche « adaptateur non reconnu » et ne charge plus.
1. Comment est faite une fiche de chargeur
La plupart des chargeurs de portables se terminent par une fiche coaxiale, qu'on appelle aussi fiche jack d'alimentation ou fiche cylindrique (barrel en anglais). C'est un petit tube métallique creux : l'extérieur du tube transporte un pôle, l'intérieur l'autre.
Une fiche coaxiale se décrit donc par deux diamètres, toujours dans le même ordre : extérieur × intérieur, en millimètres. Une « 5,5 × 2,5 » a un tube de 5,5 mm de diamètre, percé d'un trou de 2,5 mm. La longueur du tube varie aussi un peu d'une fiche à l'autre, ce qui explique qu'une fiche peut entrer à fond dans une prise et rester à moitié dehors dans une autre.
Côté portable, la prise possède une broche centrale qui entre dans le trou de la fiche, et des lames élastiques qui serrent l'extérieur du tube. C'est là que naît le piège : si le trou de la fiche est trop large pour la broche, le contact se fait mal ; s'il est trop étroit, la fiche n'entre pas.
2. Les sosies : quelles fiches pour quels appareils ?
Il n'existe pas de règle universelle : chaque fabricant a choisi ses fiches, et en a changé au fil des années. Voici celles qu'on croise le plus souvent dans les cartons de l'atelier.
| Fiche (ext. × int.) | Picot | Où on la trouve le plus souvent |
|---|---|---|
| 4,0 × 1,7 mm | non | petits portables, certains Lenovo (Flex) |
| 4,5 × 3,0 mm | oui | HP et Dell récents (embout souvent bleu chez HP) |
| 5,5 × 1,7 mm | non | Acer (Aspire et autres) |
| 5,5 × 2,1 mm | non | écrans, box, routeurs, caméras, appareils en 12 V |
| 5,5 × 2,5 mm | non | beaucoup de portables (Asus, Toshiba, anciens Lenovo…) |
| 6,5 × 4,4 mm | non | Sony Vaio |
| 7,4 × 5,0 mm | oui | anciens Dell et HP (parfois annoncée 7,4 × 5,5) |
| 7,9 × 5,5 mm | oui | IBM et anciens Lenovo ThinkPad |
| embout rectangulaire | non | Lenovo depuis 2013 (« slim tip »), en 20 V |
Le grand piège : les trois fiches de 5,5 mm
Les fiches 5,5 × 1,7 (Acer), 5,5 × 2,1 et 5,5 × 2,5 ont exactement le même diamètre extérieur. Seul le trou change, de quelques dixièmes de millimètre, ce qui ne se voit pas à l'œil nu. Et elles se « branchent » les unes sur les autres. Prenons les deux plus courantes :
- une fiche 2,5 sur une prise prévue pour du 2,1 entre sans forcer, mais la broche flotte dans le trou. Le contact est intermittent : le portable charge, s'arrête, recommence, et la fiche finit par chauffer ;
- une fiche 2,1 sur une prise prévue pour du 2,5 n'entre pas, ou seulement en forçant, ce qui abîme la prise du portable. Ne forcez jamais.
Les tailles « normalisées » du Japon
Il existe pourtant une tentative d'ordre : la norme japonaise EIAJ RC-5320A associe chaque taille de fiche à une plage de tension, pour qu'on ne puisse pas brancher un appareil 5 V sur un chargeur 12 V. Par exemple, la fiche EIAJ-02 (4,0 × 1,7 mm) est réservée à 3,15 à 6,3 V, l'EIAJ-04 (5,5 × 3,4 mm) à 10,5 à 13,5 V, l'EIAJ-05 (6,5 × 4,4 mm) à 13,5 à 18 V. L'idée était excellente, mais elle n'a été suivie que par une partie des fabricants, surtout japonais : hors de ce système, la taille d'une fiche ne dit rien de sa tension.
3. Lire l'étiquette d'un chargeur
Avant même de regarder la fiche, retournez le chargeur : tout ce qu'il faut savoir est écrit sur son étiquette, souvent en anglais et en petits caractères.
- INPUT (entrée) : ce que le chargeur accepte du mur. « 100-240V~ 50/60Hz » signifie qu'il fonctionne sur le secteur de presque tous les pays ; le ~ désigne le courant alternatif. Pour un voyage, aucun transformateur n'est nécessaire, un simple adaptateur de prise suffit.
- OUTPUT (sortie) : ce que le chargeur fournit au portable. C'est la ligne qui compte. On y lit la tension (en volts, V), le symbole du courant continu (un trait plein au-dessus de trois tirets) et l'intensité maximale (en ampères, A).
- la polarité, sous forme d'un petit dessin, que nous détaillons juste après ;
- la puissance, en watts (W). Elle n'est pas toujours écrite, mais elle se calcule : volts × ampères. Ici, 20 V × 4,5 A = 90 W.
Côté portable, les mêmes informations figurent sous la machine, souvent à côté du symbole de la prise : « 19,5V 3,34A », par exemple. C'est ce chiffre qu'on cherche à retrouver sur le chargeur.
4. La polarité : où est le + ?
Une fiche coaxiale a deux pôles, et rien n'oblige un fabricant à mettre le + au centre plutôt qu'à l'extérieur. Pour l'indiquer, les étiquettes portent un symbole normalisé (CEI 60417-5926) : un point au centre d'un « C », reliés chacun à un signe + ou −.
Pour les ordinateurs portables, la réponse est presque toujours la même : centre positif. Le centre négatif se rencontre surtout ailleurs, par exemple sur les pédales d'effet de guitare. Mais les chargeurs voyagent d'un appareil à l'autre, et un bloc « universel » mal réglé peut inverser la polarité : vérifiez toujours le symbole.
Une polarité inversée ne pardonne pas
Certains appareils ont une protection et refusent simplement de démarrer. D'autres n'en ont pas, et l'inversion peut détruire le circuit de charge ou la carte mère. Dans le doute, on ne branche pas : on mesure (voir la méthode plus bas).
5. La règle d'or : tension, polarité, puissance
Une fois la fiche trouvée, trois chiffres décident si l'association est sans danger.
- La tension doit être la même. C'est le chiffre le plus important. Trop basse, le portable refuse de charger ; trop haute, elle peut griller le circuit de charge. Dans la pratique, beaucoup de portables tolèrent un petit écart, comme 19 V au lieu de 19,5 V, mais on ne s'aventure pas au-delà.
- La polarité doit être la même, on vient de le voir.
- La puissance doit être égale ou supérieure. C'est souvent contre-intuitif, mais un chargeur de 90 W sur un portable de 65 W ne présente aucun risque : le chiffre en ampères est une capacité maximale, et le portable ne tire que ce dont il a besoin. À l'inverse, un chargeur trop faible chauffe, charge lentement, ou pas du tout quand le portable travaille.
6. Le picot central de Dell et HP
Sur certaines fiches, au fond du trou, se cache une fine aiguille métallique : le picot central. Chez Dell et HP, il ne transporte pas de courant, mais un signal. Le chargeur contient une petite puce mémoire, qui communique avec le portable par un seul fil selon le protocole 1-Wire. Au branchement, le portable lit cette puce, qui lui dit en substance « je suis un chargeur Dell de 65 W ».
Si la lecture échoue, le portable affiche un message du type « The AC power adapter type cannot be determined » (le type d'adaptateur secteur ne peut pas être déterminé). Il continue souvent de fonctionner sur secteur, mais refuse de charger la batterie et ralentit le processeur par précaution. Les causes les plus fréquentes, d'après notre expérience et les forums d'entraide Dell :
- un picot tordu ou cassé dans la fiche, souvent après une chute ou un câble tiré de travers ;
- le fil d'identification coupé dans le câble, en général près de la fiche ou à la sortie du bloc, là où le câble se plie le plus ;
- un chargeur générique qui fournit la bonne tension mais n'a pas de puce, ou un adaptateur d'embout qui ne relie pas le picot ;
- plus rarement, la prise du portable elle-même, dont la broche d'identification est abîmée.
L'astuce de l'atelier
Avant d'accuser la batterie ou la carte mère, regardez le fond de la fiche à la lampe : un picot absent, couché ou cassé se voit tout de suite. Essayez ensuite un autre chargeur de la même marque et de puissance égale ou supérieure. Si le message disparaît, le premier chargeur est en cause.
7. Et l'USB-C dans tout ça ?
Depuis le milieu des années 2010, de plus en plus de portables se chargent par une prise USB-C. Bonne nouvelle : finies les fiches propriétaires. Mauvaise nouvelle : derrière une même prise se cachent des chargeurs de 10 W comme de 100 W.
Le système qui rend cela possible s'appelle USB Power Delivery (PD). Au branchement, le chargeur ne délivre que 5 V, sans danger pour aucun appareil. Puis chargeur et portable discutent : si les deux en sont capables, la tension monte à 9, 15 ou 20 V. Trois éléments fixent la puissance finale :
- le chargeur : un chargeur de téléphone de 10 ou 20 W ne charge pas un portable de 65 W, ou si lentement que la batterie se vide quand on travaille. C'est le cas du petit chargeur USB-C 5 V 2 A de notre catalogue, parfait pour un téléphone, inutile pour un ordinateur ;
- le câble : un câble USB-C ordinaire est limité à 3 A, soit 60 W en 20 V. Au-delà, il faut un câble 5 A qui contient une petite puce d'identification (« e-marker ») ; il permet d'atteindre 100 W ;
- la version de la norme : depuis la version 3.1 de 2021, l'USB PD peut monter jusqu'à 48 V et 240 W, pour les portables les plus gourmands.
Un chargeur USB-C trop faible ne présente pas de danger : le portable et le chargeur se mettent d'accord sur ce que le plus faible des deux sait faire. Au pire, la charge est lente, voire nulle.
Vérifier un chargeur USB-C : le testeur
Pour une fiche ronde, le multimètre suffit (voir la méthode plus bas). Pour l'USB-C, il ne sert à rien : un chargeur USB-C ne met aucune tension sur sa prise tant qu'aucun appareil n'est branché, et ensuite tout dépend de la discussion entre les deux. À l'atelier, on glisse donc un testeur USB-C entre le câble et le portable, comme le POWER-Z C240 de ChargerLAB, pas plus grand qu'une clé USB. Il affiche en direct la tension obtenue, le courant et la puissance, et compte l'énergie transférée en wattheures.
Il permet de trancher en quelques secondes les questions que l'étiquette laisse ouvertes :
- le chargeur tient-il ses promesses ? Un « 65 W » sans marque qui ne dépasse jamais 5 V, ou plafonne à 30 W avec un portable qui en demande 65, n'est pas un 65 W ;
- le câble bride-t-il la charge ? Avec un chargeur et un portable de 100 W, un courant qui ne dépasse jamais 3 A désigne le câble : il n'a pas de puce « e-marker », il faut en changer ;
- que vaut cette batterie externe ? Le testeur mesure dans les deux sens : en vidant la batterie dans un appareil, le compteur de wattheures donne sa capacité réelle, souvent loin de celle imprimée sur la boîte.
8. La méthode de l'atelier pour retrouver le bon chargeur
Cinq étapes, dans l'ordre
- Lisez le dessous du portable. Notez la tension et l'intensité demandées (par exemple 19,5 V et 3,34 A), et calculez la puissance.
- Lisez l'étiquette du chargeur. Même tension, puissance égale ou supérieure, symbole centre positif : on continue. Sinon, on écarte.
- Mesurez la fiche. Le diamètre extérieur se prend au pied à coulisse. Pour l'intérieur, l'astuce de l'atelier : un foret de 2,3 mm, glissé côté queue dans le trou, comme une jauge. S'il entre, c'est une fiche 2,5 ; s'il bloque, c'est une 2,1 (ou une 1,7). Un foret de 2 mm départage de la même façon la 2,1 et la 1,7. Ne le faites pas sur une fiche à picot, vous le tordriez.
- Vérifiez la tension réelle au multimètre, chargeur branché au mur et fiche en l'air : pointe rouge dans le trou, pointe noire sur l'extérieur. Une valeur positive proche de celle de l'étiquette confirme à la fois la tension et le centre positif. Un signe moins devant la valeur : centre négatif, on ne branche pas. Pour un chargeur USB-C, c'est le testeur USB-C qui remplace le multimètre.
- Branchez et observez. Le voyant de charge s'allume-t-il ? La fiche tient-elle sans jeu ? Au bout de quelques minutes, le bloc est tiède, pas brûlant ? Et chez Dell ou HP, aucun message « adaptateur non reconnu » ?
Les règles de sécurité
On n'ouvre jamais un bloc chargeur : il contient des condensateurs qui gardent une charge dangereuse même débranché. On ne répare pas un câble au ruban adhésif : un câble dont la gaine est fendue ou dont les fils apparaissent part au recyclage. Un chargeur qui siffle fort, sent le chaud ou présente des traces de brûlé aussi. Et on se méfie des chargeurs « compatibles » vendus à prix cassé sans aucune marque de conformité sur l'étiquette.
| Critère | Où le lire | Règle | Si ça ne correspond pas |
|---|---|---|---|
| Fiche (ext. × int.) | pied à coulisse, foret | identique | contact intermittent, prise abîmée |
| Tension (V) | OUTPUT, et dessous du portable | identique (à quelques dixièmes près) | pas de charge, ou circuit de charge grillé |
| Polarité | symbole du « C » et du point | identique (centre + en général) | au mieux rien, au pire carte mère détruite |
| Puissance (W) | V × A | égale ou supérieure | charge lente ou nulle, bloc qui chauffe |
| Picot (Dell, HP) | fond de la fiche | présent et droit | « adaptateur non reconnu », pas de charge, PC ralenti |
| USB-C | puissance du chargeur, câble, testeur USB-C | assez de watts, câble 5 A au-delà de 60 W | charge lente ou nulle, sans danger |
Un chargeur sans appareil, ou un appareil sans chargeur ? Passez à une de nos permanences, le mercredi de 18h à 20h sur rendez-vous : on cherche ensemble dans nos cartons et on mesure avant de brancher. Et pour l'autre bout du chargeur, celui qui va dans le mur, notre guide des câbles d'alimentation explique la différence entre un « Mickey » et un « 8 ». La câblothèque en garde de toutes les sortes.
Sources : dimensions des fiches et norme EIAJ RC-5320A d'après l'article Coaxial power connector de Wikipédia (voir aussi sa version française) ; embout rectangulaire Lenovo d'après la page des adaptateurs de remplacement Lenovo ; symbole de polarité d'après la liste CEI 60417 ; picot d'identification Dell d'après les forums d'entraide Dell ; USB Power Delivery d'après Wikipédia ; caractéristiques du POWER-Z C240 d'après sa présentation par ChargerLAB. Schémas et photo : association RACK. Les liens vers Amazon sont des liens affiliés : en tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises, sans surcoût pour vous.