Deuxième épisode de notre série « Les sosies de l'atelier », consacrée aux connecteurs qui se ressemblent trop. Après les prises VGA et « DB9 » et les fiches de chargeurs de portables, on ouvre le boîtier pour s'intéresser aux câbles qui sortent de l'alimentation.
Quand on remonte un PC à l'atelier, c'est souvent le moment le plus délicat. Une alimentation de bureau déroule une dizaine de câbles, et plusieurs d'entre eux se ressemblent à s'y méprendre. Le pire : deux fiches à 8 broches, de même taille, dont l'une alimente le processeur et l'autre la carte graphique. Branchées à l'envers, ce n'est plus « ça ne marche pas » : c'est un court-circuit.
En résumé
Lisez d'abord l'inscription moulée sur la fiche : « CPU » va près du processeur, « PCI-E » ou « VGA » va sur la carte graphique. Un connecteur 4+4 se sépare en deux carrés identiques (processeur) ; un 6+2 se sépare en un bloc de 6 et un bloc de 2 (carte graphique). Ne forcez jamais une fiche : les détrompeurs sont là pour vous arrêter. Et un câble d'alimentation modulaire ne se branche que sur l'alimentation avec laquelle il a été livré.
1. La famille au complet
Dans un PC de bureau, l'alimentation transforme le 230 V de la prise en basses tensions continues : 12 V pour les éléments gourmands (processeur, carte graphique, moteurs des disques et ventilateurs), 5 V et 3,3 V pour l'électronique. Ces tensions partent vers les composants par une famille de connecteurs apparus au fil des générations de PC, sans jamais disparaître tout à fait.
La plupart des connecteurs « carrés » sont de la même famille, appelée Mini-Fit Jr. par son fabricant Molex : des broches au pas de 4,2 mm, sur deux rangées, logées dans des alvéoles dont la forme, carrée ou à pans coupés, sert de détrompeur. Cette parenté explique tous les pièges qui suivent : un connecteur à 8 broches pour le processeur et un connecteur à 8 broches pour la carte graphique ont exactement le même encombrement.
| Connecteur | Broches | Pas | Tensions | Alimente | Depuis |
|---|---|---|---|---|---|
| ATX | 20, puis 24 (20+4) | 4,2 mm | 3,3 V, 5 V, 12 V, -12 V | la carte mère | 1995, 24 broches en 2003 |
| ATX12V « P4 » | 4 | 4,2 mm | 12 V | le processeur | 2000 |
| EPS12V « CPU » | 8 (4+4) | 4,2 mm | 12 V | le processeur | venu des serveurs |
| PCIe 6 broches | 6 | 4,2 mm | 12 V | la carte graphique, 75 W | années 2000 |
| PCIe 8 broches | 8 (6+2) | 4,2 mm | 12 V | la carte graphique, 150 W | années 2000 |
| 12VHPWR / 12V-2x6 | 16 (12 + 4) | 3 mm | 12 V | les grosses cartes graphiques, jusqu'à 600 W | 2022 |
| « Molex » | 4 | 5,08 mm | 5 V, 12 V | disques IDE, lecteurs CD, ventilateurs | années 1980 |
| Berg | 4 | 2,5 mm | 5 V, 12 V | lecteurs de disquette 3,5 pouces | années 1980 |
| SATA | 15 | 1,27 mm | 3,3 V, 5 V, 12 V | disques durs, SSD, graveurs | 2000 |
2. Le code couleur des fils
Bonne nouvelle : sur une alimentation de PC standard, la couleur des fils suit une convention héritée de la norme ATX. Le connecteur principal de la carte mère, le 24 broches, les utilise presque toutes.
- Jaune : +12 V. Rouge : +5 V. Orange : +3,3 V. Noir : masse.
- Violet : +5 V de veille. Il reste sous tension tant que le cordon secteur est branché, même PC « éteint » : c'est lui qui permet d'allumer la machine avec le bouton, le clavier ou le réseau.
- Vert : la commande de mise en marche. Quand la carte mère la relie à la masse, l'alimentation démarre. C'est ce fil qu'utilise le test du trombone, plus bas.
- Gris : le signal « alimentation prête », envoyé à la carte mère quand les tensions sont stables.
- Bleu : -12 V, un héritage des anciens ports série. Le blanc, -5 V, a disparu des alimentations récentes : la broche 20 est désormais réservée.
Le passage de 20 à 24 broches date de 2003. Pour rester compatibles, la plupart des alimentations ont un connecteur 20+4 : on détache les 4 broches supplémentaires et le reste rentre dans une carte mère plus ancienne.
Le code couleur n'est pas une garantie
Les alimentations haut de gamme ont souvent des câbles tout noirs, et certains fabricants d'ordinateurs (Dell, HP, Lenovo…) utilisent des connecteurs et des couleurs à eux sur leurs machines de bureau. Fiez-vous d'abord à l'inscription de la fiche, au manuel de la carte mère, et au multimètre en cas de doute.
3. Le piège n° 1 : CPU 8 broches ou PCIe 8 broches
Quand les processeurs sont devenus plus gourmands, au tournant des années 2000, la carte mère n'a plus suffi à les alimenter. En 2000, la norme ATX12V ajoute un petit connecteur carré de 4 broches dédié au processeur, surnommé « P4 » parce que le Pentium 4 a été le premier à l'exiger. Il a ensuite grandi en EPS12V à 8 broches, venu des serveurs, que l'on trouve aujourd'hui sur presque toutes les cartes mères, souvent en double sur les modèles puissants.
Les cartes graphiques ont suivi le même chemin. Le slot PCI Express de la carte mère leur fournit jusqu'à 75 W ; au-delà, elles réclament un câble de l'alimentation : PCIe 6 broches pour 75 W de plus, PCIe 8 broches pour 150 W.
Voilà donc deux connecteurs à 8 broches, au même pas de 4,2 mm, qui sortent tous deux de l'alimentation en ne transportant que du 12 V. Mais leur brochage est opposé :
| Broche | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| CPU (EPS12V) | masse | masse | masse | masse | 12 V | 12 V | 12 V | 12 V |
| PCI-E 8 broches | 12 V | 12 V | 12 V | détection | masse | détection | masse | masse |
Les broches de « détection » sont reliées à la masse par l'alimentation : elles disent à la carte graphique quel câble est branché, et donc combien de puissance elle peut tirer. Si l'on parvient à enfoncer une fiche PCI-E dans la prise CPU de la carte mère, ou l'inverse, le 12 V de l'alimentation arrive sur les broches de masse de la carte : au mieux l'alimentation se met en sécurité, au pire la carte mère ou la carte graphique grille.
Les alvéoles de ces deux connecteurs n'ont pas les mêmes formes, carrées ou à pans coupés, justement pour empêcher l'erreur. Mais le plastique cède si l'on force, surtout sur des fiches 4+4 et 6+2 dont les deux morceaux bougent l'un par rapport à l'autre. Trois indices, du plus fiable au moins fiable :
- L'inscription moulée sur la fiche : « CPU » ou « EPS », contre « PCI-E », « PCIe » ou « VGA ». Presque toutes les alimentations récentes la portent.
- La découpe : 4+4 pour le processeur, 6+2 pour la carte graphique.
- L'emplacement : la prise CPU de la carte mère est dans le coin supérieur, près du processeur ; la prise de la carte graphique est sur la carte elle-même.
Règle absolue
Un connecteur d'alimentation entre sans forcer et se verrouille avec un petit clic. S'il résiste, ce n'est pas le bon, ou il est à l'envers. On ne pousse jamais plus fort.
Et le 12VHPWR des cartes récentes
Les cartes graphiques les plus puissantes utilisent depuis 2022 un connecteur plus petit et plus dense, le 12VHPWR : 12 broches de puissance au pas de 3 mm et 4 petites broches de détection, pour 600 W au maximum. Il s'est fait connaître par des fiches fondues sur des cartes RTX 4090, le plus souvent parce que la fiche n'était pas enfoncée jusqu'au bout. Sa révision de 2023, le 12V-2x6, modifie la prise pour que la carte ne reçoive le signal de détection qu'une fois la fiche bien en place. À l'atelier, la consigne est simple : enfoncer jusqu'au clic, vérifier qu'aucun jour ne reste visible, et ne pas plier le câble juste à la sortie de la fiche.
4. Le piège des câbles modulaires
Beaucoup d'alimentations récentes sont modulaires : les câbles se branchent et se débranchent côté alimentation, pour ne garder que ceux dont on a besoin. Côté composants, les fiches sont standard. Mais côté alimentation, aucune norme ne fixe le brochage : chaque marque, et parfois chaque gamme d'une même marque, câble ses prises à sa façon.
Résultat : un câble modulaire pris dans le carton d'une autre alimentation peut parfaitement s'emboîter, et envoyer le 12 V là où le disque attend du 5 V, ou la masse. Le fabricant NZXT le rappelle dans son guide de compatibilité : ces câbles ne sont pas interchangeables, même quand les connecteurs correspondent physiquement. C'est une cause classique de disques et de SSD grillés lors d'un changement d'alimentation.
Chez RACK
Quand une alimentation modulaire arrive en don, ses câbles sont attachés avec elle, dans le même sac. Un câble modulaire seul, dont on ne connaît pas l'alimentation d'origine, ne sert pas.
5. Molex et Berg : les anciens
Le gros connecteur blanc à 4 broches en ligne, qu'on appelle « Molex », alimentait les disques durs et lecteurs de CD IDE. Comme le « DB9 » du premier épisode, il porte un surnom plutôt qu'un nom : celui d'un de ses fabricants. La même fiche existe chez AMP (gamme Mate-n-Lok) et chez Molex (série 8981, lancée en 1983 et compatible avec celle d'AMP). On le croise encore sur des ventilateurs, des bandeaux lumineux ou des adaptateurs.
Son petit cousin, le Berg, alimentait les lecteurs de disquette 3,5 pouces. Il porte les mêmes tensions, avec les mêmes couleurs, mais dans l'ordre inverse.
Le Molex, avec ses deux coins coupés, ne peut se brancher que dans un sens. Le Berg, lui, est minuscule, et sur certains lecteurs le connecteur n'a pas de guide qui l'entoure : la fiche peut alors s'enficher décalée d'une broche, voire à l'envers. Les tensions arrivent sur les mauvaises broches, et le lecteur peut griller. Sur un lecteur de disquette de récupération, on vérifie donc à la lampe que les quatre broches sont bien dans la fiche avant d'allumer.
6. SATA : alimentation et données, deux sosies
Depuis les années 2000, les disques durs, SSD et graveurs utilisent le SATA. Ses deux prises, alimentation et données, ont la même forme en L, ce qui intrigue souvent les débutants. Pas de risque de les inverser, les largeurs n'ont rien à voir : 15 contacts pour l'alimentation, 7 pour les données.
Chaque tension, 3,3 V, 5 V et 12 V, passe par trois contacts en parallèle. Le 3,3 V n'a guère servi aux disques, et la norme l'a d'ailleurs abandonné dans sa version 3.5, et c'est lui qui crée un piège moderne : depuis la version 3.3 de la norme, la broche 3 peut servir à éteindre le disque à distance, une fonction prévue pour les serveurs. Branché sur une alimentation de PC plus ancienne, qui envoie du 3,3 V sur cette broche, un disque récent de serveur ou de NAS peut rester totalement inerte, comme s'il était mort. La solution courante consiste à l'alimenter par un adaptateur qui ne transporte pas de 3,3 V… ce qui nous amène au piège suivant.
Pour brancher vos disques, la câblothèque garde des câbles SATA de données de toutes longueurs.
7. Les adaptateurs : Molex vers SATA, à choisir avec soin
Pour brancher un disque SATA sur une vieille alimentation, on utilise un adaptateur Molex vers SATA. Il en existe deux sortes, faciles à distinguer :
- les modèles sertis : chaque fil est serti dans une pièce métallique, elle-même clipsée dans un boîtier de plastique. On voit les fils entrer séparément dans la fiche SATA ;
- les modèles moulés : la fiche SATA est un bloc de plastique injecté directement autour des fils. Sur les modèles bon marché, les contacts peuvent être mal positionnés ou mal reliés, chauffer et provoquer un court-circuit. Des fiches fondues ou brûlées sont régulièrement signalées par les assembleurs de PC.
À l'atelier
Les adaptateurs Molex vers SATA moulés partent au recyclage, même neufs. On garde les modèles sertis. Et l'adaptateur inverse, SATA vers Molex, ne sert qu'à de petits consommateurs : un connecteur SATA n'est pas fait pour alimenter un gros appareil.
8. Le test du trombone
Une alimentation qu'on récupère seule, sans PC, est-elle vivante ? Le test du trombone répond à cette question en dix secondes. Il remplace la carte mère : en reliant le fil vert (mise en marche, broche 16) à un fil noir voisin (masse, broche 15 ou 17), on donne à l'alimentation l'ordre de démarrer.
Les précautions
- Le trombone se met en place et se retire cordon secteur débranché, jamais sous tension.
- On n'ouvre jamais le boîtier d'une alimentation : ses condensateurs gardent une charge dangereuse longtemps après le débranchement.
- Le test dit seulement que l'alimentation démarre. Il ne garantit pas des tensions justes : pour cela, il faut un testeur d'alimentation (voir la partie suivante) ou un multimètre.
- Certaines alimentations anciennes refusent de démarrer sans un minimum de charge : un ventilateur ou un vieux disque branché suffit souvent.
- Une alimentation qui sent le brûlé, qui claque ou dont le ventilateur reste bloqué ne retourne pas dans un PC.
9. Le testeur d'alimentation
Le trombone dit si l'alimentation démarre, pas ce qu'elle délivre. À l'atelier, chaque alimentation récupérée passe donc sur un testeur d'alimentation à écran, comme ce modèle à écran LCD. C'est un petit boîtier qui porte les prises femelles de presque toute la famille : ATX 20 ou 24 broches, processeur 4 et 8 broches, PCIe 6 broches, Molex, SATA et Berg. Il remplace le trombone : branché sur la grande prise, il met lui-même l'alimentation en marche, puis affiche toutes les tensions d'un coup.
- Cordon secteur débranché, interrupteur arrière sur 0.
- Brancher la prise ATX (20 ou 24 broches) et la prise processeur 4 ou 8 broches. Sans cette dernière, beaucoup de testeurs affichent « LL » sur la ligne +12V2 et se mettent à biper.
- Rebrancher le cordon, basculer l'interrupteur : le ventilateur tourne et l'écran s'allume.
- Lire l'écran : chaque valeur doit tomber dans sa plage. Une valeur hors plage clignote et le testeur bipe.
- Brancher ensuite tour à tour les autres prises (PCIe, Molex, SATA, Berg) : les voyants du testeur montrent si chacune délivre bien ses tensions.
Deux valeurs surprennent la première fois. Le 5VSB est la tension de veille, celle du fil violet : elle reste présente même PC éteint, c'est elle qui permet de l'allumer depuis le bouton. Le PG (Power Good) n'est pas une tension mais un délai : le temps que met l'alimentation à dire à la carte mère « mes tensions sont stables, tu peux démarrer ». La norme le veut entre 100 et 500 millisecondes. Absent ou hors de cette plage, il trahit une alimentation qui a du mal à se stabiliser, et un PC qui peut refuser de démarrer.
Ce que le testeur ne dit pas
Le testeur mesure l'alimentation presque à vide : il ne consomme quasiment rien. Une alimentation fatiguée peut afficher des valeurs parfaites ici, puis s'effondrer quand le processeur et la carte graphique tirent plusieurs centaines de watts. Si un PC plante seulement sous l'effort (jeu, calcul, gros téléchargement) alors que l'alimentation a passé le test, le doute reste permis : à l'atelier, on refait l'essai avec une autre alimentation avant d'accuser le reste.
10. La méthode de l'atelier
Avant de brancher, cinq réflexes
- Débrancher le cordon secteur, pas seulement éteindre : le fil violet reste sous tension.
- Lire la fiche : « CPU », « PCI-E », « VGA », « ATX » sont moulés dans le plastique.
- Regarder la découpe : 20+4 pour la carte mère, 4+4 pour le processeur, 6+2 pour la carte graphique.
- Vérifier l'origine des câbles modulaires : même marque, même modèle d'alimentation, ou rien.
- Ne jamais forcer : une fiche qui résiste n'est pas la bonne, ou elle est à l'envers.
| Connecteur | Forme | Inscription habituelle | Où le brancher | Sosie à ne pas confondre |
|---|---|---|---|---|
| ATX 24 | 2 rangées de 12, souvent 20+4 | « ATX », « MB » | grand connecteur au bord de la carte mère | aucun, il est unique par sa taille |
| EPS12V | 2 × 4, se coupe en 4+4 | « CPU », « EPS » | coin de la carte mère, près du processeur | PCIe 8 broches |
| PCIe 8 | 2 × 4, se coupe en 6+2 | « PCI-E », « VGA » | carte graphique | EPS12V |
| PCIe 6 | 2 × 3 | « PCI-E », « VGA » | carte graphique | bloc 6 d'un 6+2 (c'est le même) |
| 12VHPWR | 2 × 6 + 4 petites broches | « 12VHPWR », « 12V-2x6 » | cartes graphiques récentes | aucun, mais à enfoncer à fond |
| Molex | 4 broches en ligne, coins coupés | aucune | disques IDE, lecteurs, ventilateurs | Berg (même ordre de couleurs inversé) |
| Berg | 4 broches fines en ligne | aucune | lecteur de disquette | Molex, et lui-même s'il est décalé |
| SATA alimentation | L à 15 contacts | aucune | disques, SSD, graveurs | SATA données (7 contacts) |
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Sources : brochages des connecteurs 8 et 6 broches d'après le guide « Power Guidelines for Workstation Products » de NVIDIA (DA-07261-001) ; connecteur ATX, couleurs des fils, dates, tolérances des tensions et délai du signal Power Good d'après l'article ATX de Wikipédia ; Molex et Berg d'après les articles Molex connector et Berg connector ; SATA et broche de mise hors tension d'après l'article SATA ; 12VHPWR d'après l'article de Wikipédia cité plus haut ; câbles modulaires d'après le guide de NZXT. Schémas : association RACK. Les liens vers Amazon sont des liens affiliés : en tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises, sans surcoût pour vous.