Kézako ? La Station PC C.Q.F.D, l'ordinateur éducatif qui jouait au vrai PC

Kézako ? La Station PC C.Q.F.D, l'ordinateur éducatif qui jouait au vrai PC
Un écran à icônes façon Windows, un clavier qui fait piano et calculatrice, une cartouche de langues : nous avons rallumé la Station PC C.Q.F.D, ordinateur éducatif d'une marque liée à VTech. Ce qu'elle contient, qui l'a fabriquée, et pourquoi elle marche encore.

Un écran encadré d'icônes façon Windows, un clavier, une souris, et sur la façade un logo rond : C.Q.F.D, Station PC. À première vue, un ordinateur de bureau du début des années 2000 en modèle réduit. En réalité, un ordinateur éducatif pour enfants, de ceux qu'on trouvait sous le sapin quand le « vrai » PC familial était encore réservé aux parents. Celui-ci vient de rejoindre le musée de l'association. Il fonctionne parfaitement. Nous l'avons rallumé pour faire connaissance.

Ordinateur éducatif C.Q.F.D Station PC blanc et vert d'eau sur l'établi, avec son écran LCD, son clavier AZERTY, sa souris grise et une cartouche insérée à droite
La Station PC complète sur l'établi de l'atelier : unité à écran, clavier, souris, et la cartouche d'extension enfichée à droite.

En résumé

La Station PC est un ordinateur éducatif pour enfants de la marque C.Q.F.D, une gamme de jeux éducatifs électroniques liée à VTech, le fabricant des ordinateurs Genius. Elle ne fait tourner ni Windows ni logiciel installé : des dizaines d'exercices de français, de mathématiques, de culture générale et d'initiation à la bureautique sont gravés dans sa mémoire, et une cartouche ajoute les langues étrangères. Notre exemplaire marche toujours très bien.

1. Premier contact : on l'allume

Deux boutons en façade, Marche et Arrêt, une grille de haut-parleur, une prise casque. Rien à charger, pas de sablier : le programme est gravé dans sa mémoire. Sur notre photo, un exercice est en cours et le mot « gratuit » s'affiche au milieu de l'écran.

L'écran lui-même est un écran à cristaux liquides monochrome, celui des calculatrices et des montres de l'époque, en plus grand : des pixels gris foncé sur fond gris-vert, sans rétroéclairage. Toute la couleur vient du décor imprimé autour de lui. Les concepteurs y ont dessiné une fenêtre de logiciel, une icône « Disque dur », un dossier « Applications » et une « Corbeille » : tous les codes visuels du PC de bureau de la fin des années 1990, pour que l'enfant ait l'impression de se servir d'un vrai ordinateur.

Gros plan sur l'écran de la Station PC : écran LCD monochrome au centre, entouré du menu imprimé des rubriques Français, Mathématiques, Culture générale, Jeux et musique, Informatique et Langues étrangères
Le décor autour de l'écran sert de sommaire : chaque rubrique y liste ses activités. Les langues étrangères portent la mention « Extension ».

2. Ce qu'il y a dans sa mémoire

Le décor sert aussi de sommaire. On y lit la liste des activités, rangées en six rubriques :

  • Français : vocabulaire, lettre muette, participes, types et fonctions grammaticales (« Gram' types », « Gram' fonctions »), correspondance entre sons et graphies (« Graphi' sons ») ;
  • Mathématiques : addition, soustraction, multiplication, division, comparaisons, suites logiques, lecture de graphiques, formes géométriques, équations, et une calculette ;
  • Culture générale : inventions, prévention, métiers, et un quiz « Zap' culture » ;
  • Jeux et musique : « Animal' survie », un memory sonore, un tir de ballons, un parcours en 3D, un portrait robot et un « Musicien » pour composer ;
  • Informatique : traitement de textes, correcteur d'orthographe, dessin (« Imag'ine »), cartes d'invitation, représentation graphique, calendrier, répertoire, agenda (« Organizer ») et un « Labo' révisions » pour réviser ses propres listes de mots et de phrases ;
  • Langues étrangères, signalées comme une extension : il faut la cartouche pour y accéder.

La rubrique Informatique est la plus parlante pour nous. Elle ne propose pas des exercices scolaires, mais une initiation à la bureautique : taper un texte, le corriger, tenir un carnet d'adresses, un calendrier. Autrement dit, apprendre ce qu'on ferait plus tard sur un vrai PC, à un âge où la famille n'en avait pas toujours un, ou ne le laissait pas aux enfants.

3. Un clavier qui fait aussi calculatrice et piano

Le clavier est le meilleur témoin de la façon dont la machine était pensée. C'est un vrai clavier AZERTY, avec Échap, Majuscule, Entrée, AltGr et des flèches, pour apprendre à taper comme sur un ordinateur. Mais presque chaque touche a une seconde vie, imprimée en dessous :

  • la rangée A à P porte les touches de calculatrice : AC, C, plus, moins, multiplier, diviser, virgule, pourcentage, égal ;
  • les deux rangées suivantes portent des notes de musique, do, ré, mi, fa, sol, la, si, deux fois : le clavier devient un petit piano pour l'activité « Musicien » ;
  • des touches de jeu : Niveau 1-6 pour régler la difficulté, Joueur 1-2 pour jouer à deux, Répéter, Réponse, et deux touches « Héros » et « Champion » ornées d'un petit personnage ;
  • au-dessus, une rangée de boutons arrondis pour sauter directement à une rubrique (Français, Mathématiques, Culture générale, Jeux et musique, Informatique, Ta sélection, Extension), plus Statut, Démo, et les réglages de volume et de contraste.
Clavier AZERTY de la Station PC : touches de calculatrice sous les lettres A à P, notes de musique sous les rangées inférieures, touches Niveau 1-6, Joueur 1-2, Héros et Champion, boutons de rubriques en haut à droite
Sous les lettres, une calculatrice et un piano. En haut à droite, un bouton par rubrique.

Notre exemplaire a perdu une touche au bout de la deuxième rangée : on aperçoit la petite tige blanche à droite de l'accent circonflexe. C'est le seul accroc d'une machine qui a visiblement beaucoup servi.

4. La cartouche : les langues en option

Sur le côté droit de l'unité, une fente reçoit des cartouches d'extension, à la manière d'une console de jeu. La nôtre, estampillée « C.Q.F.D Station PC », débloque la rubrique Langues étrangères : un anglais illustré, puis des cours suivis de tests en anglais, en allemand et en espagnol.

Cartouche d'extension blanche C.Q.F.D Station PC insérée dans la fente latérale de l'unité
La cartouche d'extension, enfichée dans sa fente.

Le principe était courant sur les ordinateurs éducatifs de l'époque : la machine de base couvrait le programme du primaire, et les cartouches prolongeaient sa vie quand l'enfant grandissait, ou attaquait une deuxième langue au collège. Nous n'avons pas retrouvé la liste des autres cartouches éditées pour la Station PC.

5. Qui se cache derrière C.Q.F.D ?

Le nom vient des mathématiques : « ce qu'il fallait démontrer », la formule qui conclut une démonstration. Un clin d'œil assez transparent pour une marque de jouets éducatifs.

Derrière ce nom, on trouve selon toute vraisemblance VTech, le fabricant hongkongais des célèbres ordinateurs Genius. Deux indices concordent :

  • un article du magazine professionnel LSA consacré aux leaders du jouet, paru en 1999, indique que VTech a créé CQFD pour proposer des produits éducatifs électroniques au look et au prix mieux adaptés à l'offre permanente des magasins ;
  • les références imprimées sous notre appareil, 53-0682-735-080 et 32-0952-027-000, suivent la numérotation qu'on retrouve sur les produits VTech de la même époque.
Dessous de la Station PC : plaque indiquant piles 4 x 1,5 V LR14, adaptateur 9 V 300 mA, logo C.Q.F.D, référence 53-0682-735-080, et étiquette de la pile de sauvegarde CR2025
Sous l'appareil : l'alimentation, la référence 53-0682-735-080, et la trappe de la pile de sauvegarde CR2025.

Le contexte rend ce choix logique. D'après l'histoire publiée par VTech, sa filiale française, créée en 1991 à Ferney-Voltaire, est devenue de 1993 à 1997 le numéro un des jeux éducatifs électroniques en France, avec environ 70 % du marché. En 1997, son ordinateur Genius 9000 a réalisé le plus gros chiffre d'affaires de tout le marché du jouet. Une seconde marque permettait d'occuper aussi les rayons à petit prix, sans brouiller l'image de la première.

Ce que nous n'avons pas trouvé : l'année exacte de sortie de la Station PC, son prix de vente et l'âge conseillé. La marque existait en 1999, et le décor de l'écran, avec sa fenêtre, son disque dur et sa corbeille, sent fort le tournant des années 2000. D'autres modèles C.Q.F.D circulent encore sur les sites d'occasion, comme le Top Souris pour les 2-4 ans ou la console Primus.

6. Un « PC » qui marche aux piles

La plaque du dessous résume la sobriété de l'engin. Il fonctionne avec 4 piles LR14 (taille C, les grosses piles des lampes torches) ou avec un adaptateur 9 V de 300 mA. Même au maximum, cela représente moins de 3 watts : l'écran à cristaux liquides sans rétroéclairage ne consomme presque rien. Un PC de bureau de la même époque, écran cathodique compris, en demandait facilement cinquante fois plus.

Une seconde trappe, vissée, abrite une pile bouton CR2025. C'est la pile de sauvegarde : elle garde en mémoire ce que l'enfant a saisi (répertoire, agenda, listes de révision) quand on change les piles principales. L'étiquette conseille de la remplacer chaque année.

7. Pourquoi elle nous intéresse

  • Elle marche encore. Une vingtaine d'années plus tard, sans doute davantage, sans mise à jour, sans compte en ligne, sans serveur qui ferme : tout est dans la machine. Beaucoup d'appareils récents, dépendants d'une application ou d'un service en ligne, ne pourront pas en dire autant.
  • Elle se répare et s'alimente avec des pièces du commerce : des piles standard, un adaptateur courant, une pile bouton qu'on trouve partout.
  • Elle raconte une époque. Celle où l'on voulait préparer les enfants à « l'informatique » en leur apprenant à taper, à corriger un texte et à tenir un agenda, avant qu'Internet n'arrive dans toutes les maisons.

8. Vous en avez une au grenier ?

Ces ordinateurs éducatifs dorment souvent dans des cartons. Quelques précautions pour les réveiller :

  • ouvrez d'abord la trappe à piles : des piles oubliées pendant des années finissent par couler, et leur électrolyte ronge les contacts. Des traces blanches ou vertes se nettoient avec un coton-tige légèrement imbibé de vinaigre blanc, puis bien séché ;
  • pensez à la pile de sauvegarde CR2025, qui a toutes les chances d'être vide ;
  • avant de brancher un adaptateur universel, réglez-le sur 9 V et vérifiez la polarité indiquée par le petit schéma sous l'appareil. Une inversion peut détruire l'électronique ;
  • si l'écran semble vide, jouez sur le réglage de contraste au clavier avant de conclure à une panne.

Piles bouton et jeunes enfants

Une pile bouton avalée peut causer de graves brûlures internes en quelques heures. Si l'appareil retourne dans une chambre d'enfant, vérifiez que la trappe de la pile de sauvegarde est bien revissée.

9. Elle rejoint le musée RACK

Notre Station PC est désormais présentée dans la catégorie Musée de notre catalogue, avec ses caractéristiques relevées à l'atelier. Elle peut être présentée lors d'une exposition ou d'une animation, et se visite sur rendez-vous. Les enfants d'aujourd'hui y découvrent que l'on apprenait déjà « sur ordinateur » bien avant les tablettes, et leurs parents y retrouvent souvent un souvenir.

Et vous ?

Avez-vous eu une Station PC, ou un autre ordinateur C.Q.F.D ? En quelle année, et à quel prix ? Vous souvenez-vous de votre exercice préféré, ou d'autres cartouches que celle des langues ?

Vos souvenirs nous intéressent : ils nous aideront à dater cette machine. Et si un manuel, une boîte, une cartouche ou un vieil ordinateur éducatif dort chez vous, proposez-le nous plutôt que de le jeter.

D'autres pages d'histoire à l'atelier : la Platine Axel, le terminal français qui se glissait sous l'écran, et le 12 août 1981, l'IBM PC qui a inventé le standard.

Photographies : atelier de l'association RACK. Sources : LSA, « Les leaders du jouet révisent leurs positions » (1999), histoire de VTech, inscriptions relevées sur l'appareil. Aucun manuel de la Station PC n'a pu être retrouvé : si vous en possédez un, il complètera cet article.